Le huard à collier blanc

Dans son costume de fête, le vieux sorcier aveugle dansa. Pendant que les Indiens, silencieux, attendaient l’oracle qui allait venir.

Le soleil blanc, brûlant, roussissait les aiguilles des épinettes. Les Indiens suaient, la peau luisante et les yeux noirs. Ils fixaient le vieux sorcier qui allait dire :

Partez mes frères ! Quittez les wigwams ! Abandonnez le territoire de chasse ! Quittez la rivière asséchée ! Fuyez ! Fuyez ! La colère du Grand Esprit habite le loup…le loup avec sa horde accourt vers nous.

Il mangera nos femmes et nos enfants…et nous-mêmes ! Fuyons pendant qu’il en est encore temps. La forêt est sèche et le loup s’affame. Suivez-moi, fuyons!

Les Indiens le regardaient, incrédules. Le sorcier était vieux, le sorcier était fou.

Ils restèrent assis, la peau luisante et les yeux noirs. Le sorcier répéta en vain sa prophétie.

Les Indiens levaient les paupières, les rabaissaient. Ils ne bougèrent pas. Sans ses yeux, comment le sorcier pouvait-il lire l’avenir ?

Alors, malheureux, le vieux sorcier aveugle ramassa son arc et ses flèches et s’en alla. Seul un huard noir le suivit.

Dans la nuit les loups vinrent et saccagèrent le village indien. Il ne restait au matin que les wigwams et des os, le soleil blanc et les épinettes roussies.

Le vieux sorcier, déjà loin, marchait toujours. Le huard au-dessus de lui fidèlement volait. Mais quand vint le second jour, les loups se rapprochèrent. Le sorcier s’arrêta, écouta.

Il entendait le volettement doux du huard et sentait la présence des loups qui l’encerclaient. Le vieux sorcier saisit son arc, palpa une flèche et, bravement, dans sa nuit éternelle attendit.

Soudain le huard battit vivement des ailes dans l’air. Le sorcier comprit. Il banda son arc et, dès que l’oiseau lança un cri, il visa - à hauteur de loup - sous le signal sonore de l’oiseau.

Un loup hurla de douleur. Par trois fois le sorcier arma son arc. Par trois fois le huard cria. Le sorcier aveugle, guidé par le cri de l’oiseau, abattit trois loups et la horde s’éparpilla.

Quand le vieux sorcier n’entendit plus les hurlements des loups affamés, il rangea son arc et ses flèches et s’arrêta. Le huard s’arrêta lui aussi.

Puis, la pluie vint, et les printemps et les automnes et les hivers. Les années passèrent. Le vieux sorcier de plus en plus vieillissait. Le huard noir volait tristement autour. Car chaque jour le vieux sorcier faiblissait.

Le dernier jour, le sorcier appela l’oiseau. Le huard répondit d’un cri plaintif et descendit plus bas.

Alors le vieux sorcier aveugle, en tremblotant, retira son collier d’os blanchis et le lança vers le point d’où venait le cri… et il sut, en écoutant le cliquetis des os dans le ciel, que son collier avait atteint le cou de l’oiseau.

Il sourit et expira. Et c’est depuis ce temps que le huard noir porte au cou un collier blanc…

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