Expédition Braddock

Expédition Braddock



Route suivie par l'expédition Braddock

 

 

L'expédition Braddock (également nommée "campagne de Braddock") fut une tentative britannique infructueuse qui visait à prendre Fort Duquesne aux français pendant l'été 1755 lors de la Guerre de Sept Ans. L'expédition tient son nom du Général Edward Braddock, qui commandait les forces britanniques et y laissa la vie. La défaite de Braddock lors de la bataille de la Monongahela fut un revers majeur pour les Britanniques lors des premières étapes de la guerre avec la France.

 

 Contexte

 

L'expédition Braddock n'est qu'un élément d'une offensive britannique massive contre la France en Amérique du Nord lors de cette été. En tant que Commandant en chef de la British Army en Amérique, le Général Braddock mènera l'attaque principale, à la tête de deux régiments (environ 1 350 hommes) et environ 500 hommes des milices des colonies britanniques en Amérique. Avec ses hommes, Braddock compte se saisir facilement de Fort Duquesne, puis continuer sur sa lancée pour prendre d'autres forts français et atteindre Fort Niagara. George Washington, âgé alors de vingt-trois ans, qui connait bien la région, sert comme aide-de-camp volontaire du Général Braddock.

Braddock tente de recruter des indiens provenant de tribus qui ne sont pas alliées aux français, sans succès, il ne ralie que huit Mingos qui serviront en tant qu'éclaireurs. Nombre d'indiens de la région, comme le chef DelawareShingas, restent neutres. Pris entre deux empires européens en guerre, les Indiens ne peuvent se permettre de se retrouver du côté du perdant. Le succès ou la défaite de Braddock pourront influer sur leur décisions.

 

 

En route

 


Route suivie par Braddock

 

 

Quittant Fort Cumberland dans le Maryland le 29 mai 1755, l'expédition se trouve confrontée à un important problème de logistique: déplacer une troupe importante avec son équipement, ses provisions et surtout de très lourds canons, à travers la région fortement boisée des Monts Allegheny et de l'ouest de la Pennsylvanie, un voyage de presque 200 km. Braddock a reçu un fort soutien de Benjamin Franklin, qui l'a aidé à réunir des chariots et des provisions pour l'expédition. Parmi les conducteurs de ces chariots se trouvent deux hommes qui deviendront des personnages de légende dans l'histoire américaine: Daniel Boone et Daniel Morgan. Parmi les britanniques on trouve Thomas Gage; Charles Lee et Horatio Gates.

L'expédition progresse lentement, certains jours elle ne parcourt que trois kilomètres, créant lors de leur avance la Braddock's Road. Pour accélérer le mouvement, Braddock divise ses troupe en une "colonne volante" d'environ 1 500 hommes (sous son commandement), et une colonne de transport (commandée par le colonel Thomas Dunbar), qui se trouve bientôt loin derrière. Ils passent devant les ruines de Fort Necessity sur leur chemin, où les Français ont défait Washington l'été précédent. De petits groupes de Français et d'Indiens harcèlent les hommes de Braddock pendant leur marche, mais ce ne sont que des escarmouches mineures.

Pendant ce temps à Fort Duquesne, la garnison est composée d'environ 250 hommes des troupes régulières et de la milice canadienne et environ 640 alliés indiens qui campent hors du fort. Les Indiens font partie de diverses tribus qui depuis très longtemps sont alliées des Français, comme les Ottawas, Ojibwas, et Potawatomis. Le commandant français, Jean-Daniel Dumas, qui reçoit régulièrement des rapports des éclaireurs indiens concernant l'avance des troupes britanniques, réalisant qu'il ne pourra pas résister au canons de Braddock, décide de lancer une attaque préventive: une embusquade lors de la traversée par les troupes de Braddock de la Monongahela. Les alliés indiens sont d'abord réticents à attaquer une force britannique aussi nombreuse, mais le commandant français leur fait cadeau de tenues de combat et autres présents, ce qui les persuade de le suivre.

 

Bataille de la Monongahela


 

 Gravure du XIXe siècle représentant la mort du Major-général Braddock lors de la bataille de la Monongahela.


Le 9 juillet 1755, les hommes de Braddock traversent la Monongahela sans rencontrer d'opposition, à environ quinze kilomètres de Fort Duquesne. L'avant garde sous le commandement du Lieutenant-colonel Thomas Gage continue son avance, et tombe sur les Français et les Indiens qui se précipitent vers la rivière mais arrivent trop tard pour tendre leur embuscade. Lors de la furieuse escarmouche avec les hommes de Gage, le commandant français est tué, cependant, en apparence sa mort n'affecte pas les troupes françaises et leurs alliés indiens qui poursuivent l'attaque. La bataille, que l'on nommera ensuite la Bataille de la Monongahela (ou simplement la défaite de Braddock), débute. L'impressionante colonne de 1500 hommes de Braddock fait face à moins de 900 Français et Indiens.[3]

Après une forte résistance, l'avant garde de Gage se replie. Ils se heurtent aux troupes de Braddock qui, ayant entendu la fusillade, se sont précipitées à leur secours. Il s'ensuit un chaos au sein de leur colonne alors que les miliciens canadiens et les Indiens tirent sur les Britanniques depuis des arbres et des ravines sur les bas côtés du chemin. A ce moment les troupes régulières françaises commencent leur avance par le chemin pour repousser les Anglais.

Suivant l'exemple de Braddock, les officiers s'efforcent de rassembler leur troupes pour les remettre en ordre de bataille sur le chemin, la plupart du temps en vain, offrant simplement des cibles faciles à leurs adversaires. Les britanniques tentent même d'utiliser le canon qui n'a que peu d'effet sur cette route entourée d'une épaisse forêt. La milice coloniale qui accompagne les Britanniques fuit ou se met à couvert et renvoie un feu nourrit. Dans la confusion qui règne, certains des miliciens qui tirent depuis la forêt sont pris pour des ennemis par les Britanniques qui ouvrent le feu sur eux.

Finalement, après trois heures de combat intense, Braddock sur son cheval est abattu et la résistance s'effondre. Cependant, George Washington, qui n'a aucune fonction officielle dans la chaîne de commandement, parvient à maintenir un certain ordre dans l'arrière garde, ce qui permet à l'avant garde de se replier. Ceci lui vaudra le sobriquet de Hero of the Monongahela ainsi que des louanges et établira son aura dans un proche futur.

Au coucher du soleil, les troupes britanniques et américaines se replient le long de la route qu'ils ont construite. Braddock meurt de ses blessures durant la retraite, le 13 juillet, puis il est enterré à Fort Necessity.

Sur les 1 460 hommes de Braddock, 456 ont été tués et 421 blessés. (Les officiers furent les cibles principales: sur 86, 63 furent tués ou blessés.) Sur environ 50 femmes qui accompagnaient la colonne, comme cantinières, seules 4 survécurent. Les quelques 250 Français et Canadiens reportèrent 8 morts et 4 blessés; leurs 637 alliés indiens, 15 morts et 12 blessés.

Le colonel Dunbar, avec ses troupes d'arrière garde, prend le commandement lorsque les survivants les rejoignent. Il ordonne la destruction des provisions et des canons avant de se replier, brulant sur place quelques 150 chariots. A ce moment pourtant, les troupes britanniques démoralisées et désorganisées sont toujours largement supérieures en nombre aux troupes françaises qui ne se sont même pas risquées à les poursuivre.

 

Conséquences
 

 

La défaite de Braddock lors de la bataille de la Monongahela fut un évènement important pour les gens de la région. Les Français et leurs alliés indiens prirent la haute main dans la lutte pour le contrôle de l'Ohio Country, et une guerre féroce s'engagea alors sur la frontier. Les indiens de la région qui étaient plutôt enclins à la neutralité dans ce conflit durent choisir leur camp et les colons de Pennsylvanie et de Virginie se retrouvaient dès lors sans la protection de soldats de métier et durent s'organiser pour se défendre eux-mêmes. Cette guerre brutale sur la frontier continua jusqu'à ce que les Français abandonnent Fort Duquesne après l'expédition réussie du général John Forbes en 1758.

Une autre conséquence notable de la défaite de Braddock fut son effet sur la réputation de George Washington. Washington, malgré son état de santé précaire avant la bataille, s'y distingua par son calme et son courage sous le feu de l'ennemi. Il émergea du désastre comme le héros militaire de la Virginie.

 

Débat

 

Le débat de savoir comment Braddock, avec des soldats de métier, supérieurs en nombre et mieux armés, avait pu faillir si misérablement commença sitôt après la bataille et persiste aujourd'hui encore. Certains blâmèrent Braddock ou ses officiers, d'autres les troupes régulières britanniques ou la milice coloniale. George Washington, pour sa part, soutint Braddock et mit la faute sur les troupes régulières.

Les tactiques de Braddock font toujours débat. Une école soutient que Braddock appliquait les méthodes de combat européennes de l'époque, où les hommes se tenaient côte à côte échangeant des volées de plombs à l'unisson, ce qui n'était pas approprié dans le contexte de la frontier et lui coûta la victoire. La tactique des escarmouches que les colons américains avaient appris de leurs luttes sur la frontier, où les hommes se mettaient à couvert et faisaient feu individuellement ("à l'indienne"), était bien supérieure dans l'environnement sauvage américain.

Une interprétation moins commune, mais qui a sans doute la faveur des historiens militaires, veut que l'efficacité d'un feu nourrit à l'européenne était incomparable lorsqu'il était proprement exécuté et que la supériorité de la tactique de la frontier est un mythe américain. Selon les partisans de cette théorie, Braddock n'échoua pas parce qu'il n'avait pas appliqué les méthode de combat de la frontier, mais parce qu'il n'avait pas appliqué la doctrine militaire traditionnelle, en particulier celle d'une reconnaissance en profondeur du terrain hostile.

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