Division et recrutement des Amérindiens par les colons

Division et recrutement des Amérindiens par les colons

 

 

Le caractère primitif et "démocratique" des sociétés amérindiennes, s'il en fait souvent des adversaires pugnaces, finit par vouer leurs résistances à l'échec. Peu d'entre elles présentent un front uni contre l'envahisseur. Elles ne perçoivent pas davantage qu'ils s'agit pour elles de mener une guerre de survie, cela rend extrêmement aléatoire tout mouvement unifié de résistance, chaque groupe ou clan décidant pour lui même s'il est de son intérêt de combattre ou de faire la paix. Entravées par les divisions géographiques, les rivalités de tribu, de clan ou de famille, la fragilité du lien culturel commun, les quelques tentatives de riposte concertée, inspirée par une préoccupation commune, résistent rarement au premier échec militaire.

Le véritable intérêt de leur recrutement n'est pas tactique mais politique et psychologique. La résistance amérindienne n'est en réalité qu'une succession de coalitions fragiles et ponctuelles entre tribus, auxquelles la coopération apparaît comme condition de leur survie. En recrutant parmi eux, les Américains, Canadiens et Mexicains sapent cette cohésion des Amérindiens, et démoralisent les plus acharnés.

Ainsi au cours des années 1830, les États-Unis obtiennent la soumissions des Séminoles, en partie grâce au recrutement d'alliés dans cette tribu et dans celle des Creeks et en incitant les esclaves noirs, ralliés aux Amérindiens en révolte, à entrer dans l'US Army contre la promesse de leur affranchissement. Osceola se trouve ainsi privé d'une partie de sa puissance militaire, les Noirs comptant parmi les meilleurs chefs. À partir de 1836, d'anciens esclaves devenus éclaireurs guident le général Thomas Sidney Jesup vers les villages séminoles, dont la destruction ainsi que la capture déloyale d'Osceala et d'autres chefs séminoles rangés sous le drapeau blanc.

Des adversaires déterminés, tels les généraux américains Crook et Miles, exploitent méthodiquement ces divisions en incorporant des Amérindiens à leurs troupes. Les effets majeurs de cette démarche sont psychologiques et politiques plus qu'opérationnels. «Rien ne les abat comme de voir de leur propre peuple se retourner contre eux, écrit Crook au sujet de sa poursuite réussie de Géronimo. Il s'agit moins de les capturer plus facilement grâce à des Indiens que d'atteindre un but plus ambitieux, plus durable : leur désagrégation». Crook et Miles se montrent des partisans convaincus de l'utilisation d'Indiens comme agitateurs chargés de semer la dissension parmi les plus acharnés à poursuivre la lutte, aidés en cela par la réaction plus individuelle que collective des Amérindiens face à l'invasion occidentale.

Pour le guerrier, le champ de bataille est le lieu d'une quête personnelle de gloire et de butin. Aucune ne récompense la discipline ou l'effort collectif. L'historien américain John M. Gates remarque que "les Amérindiens n'étaient capables que de violence ponctuelle, de guérillas qui, si elles témoignaient d'éclairs de génie tactique, étaient dépourvues de toute réflexion stratégique". Toute manifestation rationnelle de leur part n'aurait révélé, de toute manière, que la réalité d'un destin scellé. Le grand historien des guerres indiennes Robert Utley soutient que la pression continue de l'immigration dans les Amériques, plus sûrement que les forces armées, a privé les Indiens de leurs terres et tous moyens de subsistance, ne leur laissant d'autre choix que la soumission.

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