Ce que les indiens ont vraiment dit

Ce que les Indiens d'Amérique du Nord ont vraiment dit

 

 



Par Claude-René DE WINTER
Historien, collaborateur scientifique de l'Université Libre de Bruxelles
(pour le catalogue de l'exposition
"Les Indiens d'Amérique du Nord"
à la Bibliothèque des Riches-Claires
du 13 au 26 novembre 1997)


(créé vendredi 3 janvier 2003)

 

Depuis l'arrivée des premiers Européens au XVIè siècle, les "Native Americans" - ainsi qu'on les désigne depuis le début des années 1990 - ont vu leurs existences physiques et morales gravement menacées à maintes reprises.

Ils ont d'abord subi les maladies - telle la variole - qui les ont décimés, et de nombreux massacres perpétrés dans le but de s'emparer de terres qu'ils ne demandaient qu'à partager selon leurs croyances; ensuite, il y eut les déportations systématiques de l'Est vers l'Ouest du Mississippi, suivies d'autres sur la "Frontière" vers l'Indian Territory - l'actuel Oklahoma -, et la politique des réserves.

A la fin du XIXè siècle, il fut décrété que les Indiens devaient s'assimiler au monde des Blancs ; les Conseils traditionnels des tribus furent supprimés et le DAWES Act du 8 février 1887 organisa le lotissement des réserves. A la même époque se poursuivait le génocide (massacres de Sand Creek en 1864 et de Wounded Knee en 1890, par exemple), bientôt suivi d'une tentative d'ethnocide qui devait s'opérer en livrant les enfants aux Missions chrétiennes qui leur interdisaient de parler leurs langues comme de pratiquer leurs cultes.

Les Indiens ont vu leur sort amélioré, quoique dans un contexte polémique, par l'Indian Réorganization Act de 1934 qui constitue de nos jours encore le fondement du "renouveau indien" ; des Conseils tribaux élus virent le jour et une relative autonomie fut restituée aux tribus sur des réserves en partie reconstituées, du moins en ce qui concernait les terres apparemment les plus pauvres.

La "Termination policy" de 1953 s'efforça à nouveau d'affirmer la fin du problème indien et leur indispensable intégration ; elle fut remise en cause au fil des luttes pour les Droits Civiques des années 60 qui aboutirent à l'instauration d'un régime exceptionnel de sauvegarde de la Culture indienne à partir du premier mandat du président NIXON puis approfondi sous les présidents CARTER, REAGAN, BUSH et l'actuel chef de l'Exécutif Bill CLINTON. Ainsi, après quelques actions d'éclat telles que l'occupation d'Alcatraz en novembre 1969, celle du Bureau des Affaires indiennes en novembre 1972 et celle de Wounded Knee en février-mars 1973, ils obtinrent entre autres l'Indian Self-Determination and Education Assistances Act du 4 janvier 1975, l'American Indian Religious Freedom proclamée le 11 août 1978, l'Indian Child Welfare Act du 8 novembre 1978, l'Archaelogical Ressources Protection Act du 31 octobre 1979 contre les pilleurs de cimetières indiens et le Tribally Controlled Schools Act du 17 octobre 1988.

Cependant, affamés, en partie ravagés par l'inoccupation forcée et par l'alcool - sans doute accompagné dans de nombreux cas par l'usage de drogues, locales ou importées - les Indiens voient la reconnaissance de leur dignité menacée sous de nouvelles formes: les "Native Americans" produisent - pour survivre - des pièces d'artisanat vendues par l'intermédiaire de commerçants qui ne sont, la plupart du temps, pas Indiens ;

 

Ce quasi trafic s'effectue notamment grâce à des centaines de sites INTERNET :



"... discrimination, racisme et exploitation prennent tant de visages différents aujourd'hui. A Santa Fe, on vend des bijoux et de l'artisanat fabriqués par les Indiens. Heureusement, l'entrée des magasins est gratuite car, sinon, je ne pourrais pas me l'offrir. La situation est la même dans le nord-ouest des Etats-Unis avec nos artistes sculpteurs. Les objets d'art indiens ne valent rien lorsque l'un des nôtres en est le propriétaire. Mais dès qu'ils passent dans les mains des négociants blancs, leur prix augmente d'environ un million pour cent", s'indigne Janet McCLOUD habitant Seattle, à une heure de route de la réserve des Nisquallis.

Mais il y a pire encore. La même Janet McCLOUD constate que des personnes sans scrupules volent leurs secrets aux vieux Sages, pour s'affirmer "voyants" à leur tour...

 



Elle dit par exemple :


 


"Voilà le genre de situations auxquelles sont confrontés nos Anciens.
Souvent, elles sont à l'image de l'attitude adoptée par Brooke Medicine Eagle lorsque cette dernière s'installa chez une vieille femme cheyenne délaissée par ses enfants, tous partis vivre en ville. Medicine Eagle l'aida à ramasser son bois et à accomplir les tâches dont ses enfants et petits-enfants auraient dû s'acquitter. L'Ancienne lui en fut si reconnaissante qu'elle l'adopta et commença à lui transmettre les croyances de son peuple. Medicine Eagle les divulgua aussitôt et fit croire à tout le monde qu'elle était femme-médecine."

Ce nouveau pillage fait l'objet de protestations véhémentes de la part des membres des Conseils tribaux, en particulier dans les Plaines du nord (Lakotas, Cheyennes, etc ... ); ici encore, le réseau Internet diffuse tant les messages des charlatans que ceux - moins bien défendus faute de moyens financiers - des Sages indiens.

 



Voici ce que disait en juillet 1993 Wilmer MESTETH, chef spirituel et traditionnel Lakota :


 


"Je suis sensible au fait que des cérémonies à caractère sacré sont plagiées et vendues par des non Indiens ainsi que par certains Indiens. Nous devons unir nos efforts pour que cela cesse. Nous sommes les héritiers légitimes de ceux à qui ces cérémonies ont été révélées afin que notre peuple reste uni et fort. Cela fait déjà trop longtemps que nous assistons aux effets néfastes que produisent ces abus sur notre peuple. Il est grand temps de réagir et de prendre position afin de préserver notre patrimoine sacré..."

En outre, la publicité et le cinéma ont récupéré la nouvelle sympathie dont font preuve les Américains face à la spiritualité indienne : on en fait des "écologistes", des êtres dotés de « pouvoirs » exceptionnels grâce à la pratique du "Yuwipi" ou quête de la vision - même "Walker, Texas Ranger" est initié et use de tels pouvoirs... pour la bonne cause heureusement, dans la populaire série télévisée -, voire des "magiciens" détenteurs du secret de drogues aux propriétés régénérantes - voyez par exemple "Altered States" de Ken RUSSELL en 1980 et "The Doors" d'Olivier STONE en 1991, tous deux représentatifs de cette tendance.

Pour étudier la spiritualité des Indiens d'Amérique du Nord, mieux vaut donc se reporter aux bonnes sources !

 

 

"Comment devient-on Voyant-guérisseur ?"




TAHCA USHTE ("Cerf Boiteux") nous convie à son "hanblechia" - ascèse de voyant - dans les termes suivants :

 

(Je ne donne ici que quelques extraits) :


"J'étais seul au sommet de la colline. J'étais assis dans la fosse de voyance, un trou creusé dans le sol, les genoux entre les mains.. (il se trouve dans la position du foetus, prêt pour une renaissance)...


(..) Pour sûr, quand ce serait fini, je ne serais plus un jeune garçon (il a seize ans), mais un adulte. La vision serait venue à moi. On me donnerait mon nom d'homme... (..) Que Wakan Tanka, le Grand Esprit (ou plutôt, "le Grand Tout') me donne la vision et le pouvoir, et... je deviendrai voyant, guérisseur et célébrerai de nombreuses cérémonies.. (..) Pour nous Indiens, il n'y a que le calumet, la terre sur laquelle nous nous tenons assis et l'immensité du ciel..


(..) ... vous n'apprenez pas à devenir voyant-guérisseur comme un Blanc suit des études de médecine. Un saint vieillard peut vous enseigner les herbes et les rites judicieux d'une cérémonie... Ces règles-là, vous pouvez les apprendre... Mais en elles-mêmes, elles sont dépourvues de la moindre signification. Sans la fiston et le pouvoir, une telle connaissance ne sert à rien...


(...) Je fus, d'un coup, transporté dans les airs parmi les oiseaux... «.... Tu apprendras les herbes et les racines, et tu guériras tes semblables. En retour tu ne leur demanderas rien. La vie d'un homme est brève. Que la tienne soit noble et féconde ».


(...) Nous autres Sioux, croyons qu'il y a dans le plus profond de notre être quelque chose qui nous gouverne... Nous l'appelons "nagi", d'autres parlent d'âme, ou d'esprit ou d'essence... (..) Il (le Sage qui l'a amené quatre jours auparavant) interpréterait mes visions pour moi. Il me déclara qu'elles m'avaient transformé d'une façon que je ne pouvais comprendre sur le moment... ».



Au moment de commencer le récit de sa vie, ELAN NOIR nous donne une première explication :



" ... parce que aucune bonne chose ne peut être faite par un homme seul, je veux d'abord faire une offrande et envoyer une voix vers l'Esprit du monde, afin que cela m'aide à être vrai. Voyez, je bourre cette pipe sacrée avec l'écorce du saule rouge. Mais avant que nous fumions vous devez voir comment elle est faite et ce qu'elle signifie. Ces quatre rubans qui pendent du tuyau sont les quatre quartiers de l'univers. Le noir est pour l'ouest, là où vivent les esprits du tonnerre qui nous envoient la pluie. Le blanc est pour le nord, d'où vient le grand vent blanc qui purifie. Le rouge est pour l'est, d'où jaillit la lumière et où vit l'étoile du matin, pour donner la sagesse aux hommes. Le jaune est pour le sud, d'où vient l'été et le pouvoir de croître.

Mais ces quatre esprits sont en fait un seul Esprit, et cette plume d'aigle est là pour cet Unique, lequel est comme un père, et pour les pensées des hommes qui doivent s'élever comme le font les aigles...".

 Lui aussi a perçu ces réalités premières grâce à sa Grande Vision.

 

 

" Quelle place l'Indien occupe-t-il vraiment dans la nature ? "




Un court Chant Navajo peut servir de première approche :


"La voix qui embellit la terre
La voix supérieure
La voix dit tonnerre
Parmi les sombres nuages
A jamais résonne
La voix qui embellit la terre.

La voix qui embellit la terre
La voix d'ici-bas
La voix de la sauterelle
Parmi les fleurs et les herbages
A jamais résonne
La voix qui embellit la terre.".




De même, cette prière ojibwa :




"O Grand Esprit, dont j'entends la voix dans les vents et dont le souffle donne vie à toutes choses, écoute-moi.

Je viens vers toi comme l'un de tes nombreux enfants; je suis faible... je suis petit.. j'ai besoin de ta sagesse et de la force.

Laisse-moi marcher dans la beauté, et fais que mes yeux aperçoivent toujours les rouges et pourpres couchers de soleil.

Fais que mes mains respectent les choses que tu as créées, et rends mes oreilles fines pour qu'elles puissent entendre ta voix.

Fais-moi sage, de sorte que je puisse comprendre ce que tu as enseigné à mon peuple et les leçons que tu as cachées dans chaque feuille et chaque rocher.

Je te demande force et sagesse, non pour être supérieur à mes frères, mais afin d'être capable de combattre mon plus grand ennemi, moi-même.

Fais que je sois toujours prêt à me présenter devant toi avec des mains propres et un regard droit. Ainsi, lorsque ma vie s'éteindra comme s'éteint un coucher de soleil, mon esprit pourra venir à toi sans honte.".

Ecoute et respect du Monde ambiant, rénovation commençant par soi-même, telles seraient donc les premières clefs

 

 

"Quel est le rapport exact de l'Indien à la Terre-Mère ?"




L'Iroquois Léon SHENANDOAH disait, dans les années 80 :

 


"Lorsque les gens ne respecteront plus rien de ce qui existe et n'exprimeront plus leur gratitude au Créateur, alors toute vie sera détruite, et la vie humaine sur cette planète touchera à son terme. Voilà ce qui risque d'arriver aujourd'hui, et nous sommes tous responsables. Chaque être humain a le devoir sacré de veiller sur la santé de Notre Mère la Terre, parce que c'est d'elle que provient toute vie. Afin d'accomplir cette tâche, nous devons reconnaître l'ennemi - celui qui se trouve à l'intérieur de chacun de nous. Nous devons commencer par nous-mêmes. Nous devons vivre en harmonie avec le monde naturel, et prendre conscience que sa surexploitation ne peut conduire qu'à notre destruction. Nous ne pouvons plus sacrifier le bien-être des générations à venir à la recherche du profit immédiat.

Nous devons nous plier à la loi naturelle, ou subir les conséquences de sa rigueur.".

Nous sommes fort éloignés de l'habituelle caricature d'un "écologisme primaire".

Et quels remords sourdent de ce texte de l'écrivain indien contemporain OHIYESA:

"Enfant, je savais donner; j'ai oublié cette grâce depuis que je suis devenu civilisé.

J'avais un mode de vie naturel alors qu'aujourd'hui il est artificiel.

Tout joli caillou avait une valeur à mes yeux; chaque arbre qui poussait était un objet de respect.

Maintenant je m'incline avec l'homme blanc devant un paysage peint dont on estime la valeur en dollars.".

L'esprit critique passant par l'autocritique, les Indiens nous donnent la plus grande leçon qui soit : la modestie face au Monde; telle serait la voie vers une vie à dimension vraiment humaine. Ceci constituera ma conclusion provisoire... car j'ai encore tant de choses à apprendre.

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Commentaires (1)

1. daniel tessier 23/10/2010

c est tres beaux et vrai

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